Des laïcs partagent leur quotidien confiné

Monique et Jean-Pierre Ecourtemer, délégués à la protection sociale des prêtres
Une chance !! Nous sommes en pleine campagne dans une maison spacieuse avec un grand terrain qui permet à Jean-Pierre d’être occupé à faire des transformations et de nouvelles créations (le potager suivra) que je ne peux que contempler et admirer après une prothèse de hanche début mars...une seule rééducation: de la marche. 
Ce qui nous est plus difficile c'est de ne pouvoir recevoir enfants et petits-enfants mais nous essayons d être attentifs car chacun vit ce confinement différemment. Par contre, nous mesurons combien cette vie de famille est intense en temps ordinaire. Nous en rendons grâce au Seigneur. 
Vivre dans la nature nous invite à la prière et nous avons la chance de pouvoir vivre les messes et conférences par Internet. 
Dans le cadre de notre mission, nos journées sont ponctuées par une petite visite quotidienne à L'abbé Fernand Louvel qui nous semble vivre paisiblement ce confinement dans son petit pavillon où il peut sortir dans son jardin. Malheureusement, il n a pas Internet et ne peut voir que la messe du dimanche à la télévision. Au cours de la semaine sainte, nous avons essayé de vivre avec lui quelque moments d'échange et de prière. Toutefois il faut rester très vigilant au risque qu'il oublie les consignes à respecter, en particulier les sortie ; nous faisons les courses, le jardin, la tonte. L'aide ménagère intervient toujours et il a un portage de repas. 
Chaque jour nous prenons par téléphone des nouvelles au minimum d'un prêtre dont nous avons la charge, qu'il soit actif ou retraité, âgé ou plus jeune. Deux d entre eux ont quelques soucis de santé qui les ont un peu déstabilisés ; vu leur inquiétude j'ai dû leur rendre visite. 

Christian Poussard

Le confinement a modifié mes activités journalières ne pouvant plus me rendre dans les églises et chapelles pour prier, au Secours catholique pour des visites et rencontres, à la Bibliothèque pour lire la presse. 
Ne possédant pas d’écran (télévision, ordinateur, internet), mon temps se passe par téléphone avec mes connaissances diverses, anciens collègues, membres de deux hospitalités, fraternité des malades, pèlerins rencontrés pour prendre des nouvelles. 
Je reçois des appels de personnes me faisant part de leurs épreuves de santé (cancer, solitude). 
Je prends la prière chaque jour sur RCF : le matin, puis je suis la messe à 11h, ensuite le chapelet de Lourdes à 15h30 devant une grande statue et photo grand format de la Grotte, me rappelant mes nombreux pèlerinages en ce lieu béni. 
Valérie m’apporte les nouvelles de la paroisse (textes, informations, vie du pôle). 
J’écoute des CD et enregistrements de cérémonies que j’avais effectués. 
Je pense à mon papa qui a vécu 33 ans cette situation suite à un accident. 
Une pensée toute particulière pour tous les malades, soignants, familles dans l’épreuve. 
En ce mois de Mai, mois de Marie, confions nos vies à notre Maman du Ciel. 
Je souhaite vivement la reprise des cérémonies, des processions et des messes.

 

Célia Samson, lycéenne en classe de Terminale ES au lycée St Thomas d'Aquin à Flers
Quand le 12 Mars nous avons appris que dès le lundi suivant tous les établissements scolaires seraient fermés, et qu’il fallait suivre les cours par correspondance via internet, notre premier problème a été de savoir comment faire avec un seul ordinateur et une tablette pour trois à la maison. Et peu de temps après, mon père apprenait que lui aussi allait être confiné et nous récupérions donc un ordinateur de plus à la maison. Le mardi 17, nous étions tous les trois derrière un écran, prêt au travail avec de nouvelles règles, mais tout en gardant les mêmes habitudes matinales, ou presque. C’est une nouvelle sorte de rigueur personnelle à apprendre, qui est une sorte d’apprentissage avancé sur mon année prochaine. Je vis assez bien ce confinement tout en assimilant ces nouvelles habitudes. Il est vrai que mon premier sentiment était une forme de satisfaction. 
Je suis mes journées en essayant de garder l’organisation de mon emploi du temps du lycée. Habitude qui s’est dégradée depuis l’annonce de l’annulation du bac. Je me suis sentie tout d’abord démotivée puisque depuis 3 ans on ne nous parle pratiquement que de cette épreuve. Donc je ne voyais pas pourquoi continuer à suivre le programme dans certaines matières. Mais je me suis reprise en me disant que de toute façon l’année allait bientôt se finir. Et le soutien de certains de mes professeurs de Saint Thomas sous forme de messages encourageants m’a beaucoup aidé. 
Beaucoup de choses ne pourront plus se faire au quotidien, quelques déceptions, faire une croix sur des attentes, le manque des proches. Mais d’autres habitudes de vie ont été prises dans la famille sur différents plans et internet devient non seulement nécessaire, mais indispensable pour que les liens entre nous tous subsistent. Et que tout peut être remis en question du jour au lendemain. On peut s’apercevoir que l’esprit d’entraide, naît de cette crise, est important durant cette période et à garder. 

 

 

Colette Landry

C'est de manière très privilégiée que je vis ce temps inédit : grande maison à la campagne! 
Mon quotidien se vit différemment : 
A l'atelier 7 (lieu de danse/chant et créations), les ateliers sont arrêtés, la création prévue au forum différée en septembre. 
Chaque semaine, j'ai un contact avec chaque danseuse : liens pour regarder un spectacle, coloriages de danseuses, cartes animées. Le travail en amont avec les autres artistes se fait de la maison. 
J'accompagne dans le cadre de la chaîne téléphonique mise en place par la paroisse. Les échanges sont profonds et nourrissants. Après avoir pris des nouvelles (organisation mais aussi comment le confinement se vit ), j'ai, à partir d'une inquiétude perçue, d'une pensée pour quelqu'un absent, souffrant évoquée, proposé d'écrire une intention de prière offerte soit à la paroisse soit à Lourdes selon le souhait de la personne. Spontanément les personnes appelés me demandent maintenant de transmettre une intention que nous rédigeons ensemble . Plus récemment , j'ai invité ces personnes si elles en avaient le désir à prendre soin dans la prière de quelqu'un confié par la paroisse. J'ai laissé une semaine et puis cela s'est mis en oeuvre : l'une a choisi de prier à partir du registre de deuils, d' autres pour la semaine des vocations. Ainsi ,je suis témoin d'un tissage de vie fraternelle simple.Ils viennent redire avec force le besoin pour beaucoup d'être écoutés. Ce que j'avais ressenti dans les premiers temps d'écoute fraternelle que j'avais commencés à vivre une fois par mois. 
C'est un temps de réconciliation avec le temps disponible : A partir de la parole de Dieu, de nombreux échanges, la messe, la prière des heures, je me laisse interroger sur les relations humaines, la liberté, l'obéissance, la volonté de Dieu, le discernement.....L'art.... 
La lecture, l'écriture, le mouvement tissent ma vie d'aujourd'hui. J'y entends un appel à l'accueil, à la créativité, à vivre intensément le présent , à ne pas regarder en arrière, à faire confiance, pour que demain soit plus bon, plus vrai, plus beau. 
Et même dans le creux de la vague, si nous levons les yeux, nous voyons la mer et l'horizon ! Même lointain c'est l'horizon quand même......Alors cultivons ensemble l'espérance. 

 

L'équipe d'aumônerie de l'Ehpad Maubert

Edith, Soazic, Christiane, Annie, Caroline, Yvone, Sylvie
Dès la première semaine de confinement l'équipe de l'aumônerie de l'Ehpad Maubert s'est demandée " Comment dire aux résidents que nous pensons bien à eux , que nous ne les oublions pas ? ". 
Nous avons proposé à Véronique, l'animatrice, d'envoyer un petit mot à chaque résident. Pour n'oublier personne nous lui proposons que quelques courriers soient non nominatifs. 
Après avis favorable de la cadre de santé de l'Ehpad, Véronique a pu donner à chaque résident le message de Mgr Habert . " J'ai beaucoup apprécié", me disait un résidente. 
Quelques jours avant Pâques chacune de nous avons découpé, collé, colorié des fleurs, des oiseaux , des paysages printaniers . Nous les avons déposés dans la boite aux lettres (et l'occasion de faire un petit coucou de tout loin). Pour les personnes ne pouvant venir à Flers les lettres étaient affranchies. Grand merci à la Maison de la presse qui a offert des revues, des coloriages aux résidents. 
Pour le 1er Mai, les décors de nos cartes sont bien sûr du muguet. Chaque membre de l'équipe déborde d'idées... Une bénévole fabrique des masques lavables pour le personnel. 
Afin de ne pas déranger le personnel déjà surchargé de travail, nous téléphonons aux personnes qui ont une ligne directe dans leur chambre. Les résidents nous disent leur joie de recevoir ces petits mots qui " font tant de bien " nous dit Madeleine ... 
Cette semaine, une dame me disait : " Vous savez, j'ai reçu un appel de l'Ehpad pour me dire que je pouvais faire une visite à mon époux." 
C'était un mot très fort pour nous, « mon mari ne peut plus s'exprimer , ses yeux en disaient long... Cela faisait 42 jours que je ne l'avais pas vu ... Avant le Covid 19, je passais toutes mes après-midi avec lui tout en tricotant des petits carrés pour faire des couvertures que j'offre à une association. »