Des laïcs partagent leur quotidien confiné - Episode 2

Thérèse Blanchetière

 

Le confinement est un appel à vivre une privation : 
- du rassemblement dominical avec la communauté 
- de l'accueil 
- de tout ce qui se vit dans la paroisse puisque je n'ai pas internet (c'est mon choix pour protéger ma vue) mais vivre ce temps avec RCF , KTO est une grande joie. 
Que de relations inattendues ! Chaîne téléphonique, propositions de services, nouvelles de la paroisse (photocopiées) par les amis de l 'accueil, de la liturgie, autorisations de déplacement données par les voisins qui ont un ordinateur. 
C’est aussi accepter de s'ouvrir dans la simplicité à une nouveauté. 
J’ouvre la Bible chaque matin, je me mets à l'écoute de la parole de Vie, le journal en mains pour préparer la messe de 11h sur RCF, je reçois un enseignement, j’offre et prie en faisant mémoire de tout ce que j'ai reçu des prêtres d'hier et d 'aujourd'hui en demandant des vocations. 
J’élargis ma prière avec le chapelet de Lourdes pour tous les malades . 
Je travaille dans la maison, je cuisine, je me promène dans le jardin, je salue les voisins, je m'émerveille de la beauté de la nature, je m’étonne et remercier d 'être en bonne santé pour continuer avec mes fragilités mon chemin en toute confiance et espérance. 

 

Amélie Douillet, 22 ans, animatrice de chants aux inhumations pendant le confinement

Ce n'est pas facile de voir la souffrance des familles, c'est dur de perdre un proche ! 
Mais j'ai apprécié les accompagner et contribuer à la beauté des cérémonies. Cela apporte du réconfort et permet aux familles de dire "au revoir" à leur proche de manière digne. 
Je me rends compte que c'est un réel lieu d'évangélisation car les personnes qui sont là ne sont pas forcément pratiquantes. Donc c'est important, il y a une réelle mission ici, il ne faut rien négliger. 
J'aime bien qu'il y ait un prêtre et une équipe tout autour, car je pense qu'il y a un rôle à jouer dans l'accueil, l'accompagnement et le soutien des familles. 
Effectuer cette mission m'a aussi permis de montrer qu'il y a des jeunes qui sont engagés dans l'Eglise. 
J'ai apprécié pouvoir me rendre utile et donner du sens à mon confinement. 

 

Christine Leprince, directrice de l'école du Sacré-Coeur à St Georges des Groseillers

Notre première mission : être présent au maximum auprès des enfants et des familles, des collègues enseignants, des personnels, des AESH (Accompagnants des élèves en situation de handicap). 

Répondre à la double fonction : enseignant et chef d’établissement. 

Tenter de continuer à se repérer dans le temps, les jours sont tous identiques les samedis, dimanches, jours fériés sont devenus identiques aux jours ouvrés comme il est coutume de dire 
Mais nous tenons comme chacun car il faut avancer, espérer, se soutenir c’est toute la chance d’appartenir à cette belle Institution de l’Enseignement Catholique et la richesse de notre Ensemble Scolaire St Thomas d’Aquin 
Chaque journée est rythmée par : 
 Maintenir la continuité pédagogique de nos propres élèves 
 Veiller à la continuité pédagogique sur l’établissement 
 Répondre au téléphone 
 Rassurer (pas toujours facile quand nous aussi nous aurions ce besoin) 
 Jongler entre les réunions en visio conférence, en présentiel avec le respect des gestes barrières. 
 Continuer à gérer les équipes pédagogiques de loin, les rassurer les informer des directives qui changent parfois plusieurs fois dans la journée. 

La mise en place de la rentrée du 12 mai demande beaucoup d’énergie et il faut pouvoir prendre du recul pour y voir clair, mais le bonheur de retrouver nos petites frimousses d’élèves nous guide et tout est prêt pour les accueillir avec toutes les conditions sanitaires. 

 

Anne-Marie Ternon

16 mars, début du confinement, j'avais décidé de ne plus sortir car je devais être opérée à Caen d'un cancer de l'endomètre et je ne voulais pas risquer un rhume. 

1er avril, arrivée dans un établissement en réorganisation, la réanimation est réservée aux malades du coronavirus… Ceux pour qui on ne peut reculer l'intervention, sont accueillis ailleurs. 

2 avril, opérée, j'ai ouvert les yeux dans un hall transformé en salle de réveil avec un personnel calme, souriant qui vaque d'un lit à l'autre. Ensuite dans une chambre, seule, avec mes livres, mon smartphone, la télé mais je n'arrive pas à lire et la télé ne parle que du corona virus. Je pense et je vis au ralenti sollicitée régulièrement par un personnel attentif et bienveillant. 

Le 9 je suis emmenée à la maison de repos à Ifs pour deux semaines, un rythme similaire, avec un personnel toujours aussi accueillant mais plus bousculé et des personnes que je ne vois pas mais qui me glacent : un monsieur qui toute la journée appelle un certain Bruno, un autre qui crie (me semble-t-il) de douleur pendant des heures, avec en plus de la rééducation à la marche. 

Du 10 au 13 le premier anniversaire d'un petit fils, la mort d'une belle soeur avec qui j'avais beaucoup partagé , la semaine sainte suivie sur mon smartphone, la passion lue par Guy, les célébrations, la joie de Pâques, Christ est ressuscité et... mon anniversaire mis en scène par mes petits enfants grenoblois en vidéo. Surtout, depuis le début vos appels et vos messages que j'ai reçu les larmes aux yeux et pleine de reconnaissance. 

Le 23 retour à la maison, un escalier, cinq pièces, un sous sol à arpenter, j'en suis restée clouée de fatigue dans mon fauteuil ! Depuis je progresse, on m'apporte encore mes repas, une voisine m'a installée ma machine à coudre et j'en suis à une quinzaine de masques distribués aux amis demandeurs. La semaine prochaine je vais coudre des sur-blouses … dans la limite d'une fatigue qui commence à reculer et lundi 11 le déconfinement ne sera pas encore vraiment pour moi. 

 

Chantal et Jean-Yves Corvée

En ce qui concerne Jean-Yves, il passe son confinement, outre le jardin, à ranger et faire du vide dans son atelier. Chose qui n’avait jamais été faite depuis sa prise de retraite il y a maintenant sept ans, car comme tout bon retraité, il était débordé. Il m’a avoué que le confinement avait quelque part « du bon » !!! 

Depuis quelques jours, il est fortement occupé avec son acolyte Michel au changement de sonorisation de l’église Saint Germain et transfert de son ancienne sono à la chapelle Saint Michel. 

Pour ma part, ma fonction de Maire Adjointe, à la mairie de Saint Georges des Groseillers, m’occupe tous les matins pour la gestion des affaires courantes ainsi que les imprévus que nous a amenés cette crise sanitaire : mise en place d’un service de courses aux habitants qui en ont besoin et qui s’étaient fait connaître auprès de la mairie. Rangement également de mon atelier de décoration florale, car comme mon mari, je n’avais pas encore trouvé le temps de m’y pencher depuis deux ans. J’ai veillé au fleurissement de la Chapelle Emmaüs pour les célébrations retransmises et de quelques bouquets dans l’église Saint Germain. Je n’oublie pas bien sûr, les visites chez mes parents. 

 

Claudine Ferré

De service de deuil pendant le confinement, j 'ai dû accompagner 3 familles en deuil. J'ai plus de 70 ans, donc je ne pouvais pas être officiante à la cérémonie ... 

Je pensais que l'accompagnement par téléphone ne pourrai pas se faire, que c'était trop difficile, que ça n'avait pas de sens de préparer une cérémonie sans être présente et sans rencontrer les personnes physiquement et puis je me suis dit qu'il n'y avait pas d'autre possibilité. Au téléphone, les familles sont vite en confiance, elles voulaient parler, dirent leur désarroi, leur souffrance, leur colère de n’avoir pas revu leur parent avant de mourir , surtout faire quelque chose pour leur défunt, que l'important était de rendre un hommage à celui qui les quittait, guérir une blessure peut-être, soigner un sentiment d'abandon dans ce conteste de pandémie et que les conditions de la préparation n'étaient pas le plus important (habituellement nous sommes 2 ou 3 pour préparer la cérémonie et célébrer). La famille est allée chercher sur le site de la paroisse, lectures et prière universelle, puis nous avons fait des aller et retour pour finaliser le programme, mon coéquipier, lui aussi, trop âgé pour être présent, a tapé le programme et l'a envoyé à l'équipe "célébrante". 

Les familles m' ont remercié de la belle et réconfortante cérémonie , alors que je n'étais pas avec eux . J'ai été surprise de constater que la force d'une équipe d' une paroisse c’est sa capacité à mobiliser des énergies pour que des personnes des familles puissent rendre un culte aux leurs, être écoutées dans leur souffrance et leur peine. J’'ai senti la confiance entre ceux qui ont préparé et ceux qui ont célébré avec ce souci de donner le meilleur de chacun (organiste, chanteur, lecteur prêtre, sacristain) afin que les familles puissent ressentir apaisement, compassion. Cette situation nous oblige à inventer et créer de nouvelles manières d'être et de faire.