Homélie du pape François - Jeudi 19 mars

L'Evangile nous dit que Joseph était "juste", c'est-à-dire un homme de foi, qui vivait la foi. Un homme qui peut figurer sur la liste de tous ces gens de foi que nous avons rappelés aujourd'hui dans la liturgie de la Parole. Ces personnes qui ont vécu la foi comme le fondement de ce qui est espéré, comme la garantie de ce qui n'est pas vu, et la preuve de ce qui n'est pas vu. Joseph est un homme de foi : c'est pourquoi il était "juste". Non seulement parce qu'il croyait mais aussi parce qu'il vivait cette foi. Un homme "juste". Il a été élu pour éduquer un homme qui était un vrai homme mais qui était aussi Dieu : il a fallu un homme-Dieu pour éduquer un tel homme, mais il n'était pas là. Le Seigneur a choisi un "juste", un homme de foi. Un homme capable d'être un homme et aussi capable de parler avec Dieu, d'entrer dans le mystère de Dieu. Et c'était la vie de Joseph. Pour vivre son métier, sa vie d'homme et entrer dans le mystère. Un homme capable de parler avec le mystère, d'interagir avec le mystère de Dieu. Il n'était pas un rêveur. Il est entré dans le mystère. Avec le même naturel avec lequel il exerçait son métier, avec cette précision de son métier : il était capable de régler un angle d'un millimètre sur le bois, il savait le faire ; il était capable d'abaisser, de faire moins d'un millimètre du bois, de la surface d'un bois. C'est vrai, il a été précis. Mais il était aussi capable d'entrer dans le mystère qu'il ne pouvait pas contrôler.

C'est la sainteté de Joseph : poursuivre sa vie, son métier avec droiture, avec professionnalisme; et pour l'instant, entrer dans le mystère. Lorsque l'Evangile nous parle des rêves de Joseph, il nous fait comprendre ceci : entrer dans le mystère.

Je pense à l'Église aujourd'hui, en cette solennité de Saint Joseph. Nos fidèles, nos évêques, nos prêtres, nos consacrés, les papes : sont-ils capables d'entrer dans le mystère ? Ou bien doivent-ils s'autoréguler selon les prescriptions qui les défendent contre ce qu'ils ne peuvent pas contrôler ? Lorsque l'Église perd la possibilité d'entrer dans le mystère, elle perd la capacité d'adorer. La prière d'adoration ne peut être donnée que lorsque l'on entre dans le mystère de Dieu.

Demandons au Seigneur la grâce que l'Église puisse vivre dans le concret de la vie quotidienne et aussi dans le concret - entre guillemets - du mystère. Si elle ne peut pas le faire, elle sera une Eglise du milieu, une association pieuse, réalisée par des prescriptions mais sans le sens de l'adoration. Entrer dans le mystère n'est pas rêver, entrer dans le mystère c'est précisément cela : adorer. Entrer dans le mystère aujourd'hui, c'est faire ce que nous ferons à l'avenir, lorsque nous arriverons à la présence de Dieu : adorer.

Que le Seigneur accorde cette grâce à l'Église».