L’Aveugle né, de la basilique Sant’Angelo in formis de Capoue

 

Méditation préparée par Joële Vermot Gaud pour les 24 heures pour le Seigneur.

 

Méditation à partir de l'oeuvre ci-dessus.

Ci-contre à gauche : agrandissement 

 

Vous pouvez agrandir les images en cliquant dessus.

Cette fresque du XI eme siècle se trouve à Capoue en Italie. Elle charme par la fraîcheur de son interprétation. Les bleus dominent et se répondent : le bleu transparent du ciel italien, le bleu de l’eau, de la fontaine, des vêtements du Christ et des apôtres. Nous sommes dans un monde unifié, harmonieux celui de la vie nouvelle que nous apporte Le Christ. Le tableau est baigné de lumière.

 

A la manière d’une bande dessinée la fresque raconte deux moments clés du récit.

Au centre Jésus reconnaissable à son auréole crucifère, richement ornée, se dirige vers l’aveugle dans une attitude dynamique. Une force émane de sa personne grâce au manteau qui flotte. Il tient à la main le rouleau des écritures.

Il se penche vers l’aveugle.

Ses doigts en déposant la boue, index et majeur accolés bénissent en même temps.

La taille du Christ vers lequel se tourne le regard du spectateur signifie qu’il est bien le personnage principal de l’histoire.

Derrière lui, deux disciples, Pierre, et Jean. Pierre, plus âgé, barbu, nous regarde. Il porte l’étole de l’autorité, il est en première ligne derrière Jésus. Il nous interpelle en montrant Jésus. Il s’adresse à nous et semble nous dire regardez bien ce que le Christ fait. La lumière, c’est lui.. A côté, Jean plus jeune, aux cheveux frisés. Ces deux disciples symbolisent l’Église qui s’engagera à continuer l’œuvre du Christ.

D’emblée le Christ associe ses disciples à sa mission : « Il nous faut travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé » Jésus a besoin des hommes pour mener à bien sa mission.

St Jean insiste beaucoup sur la situation de l’infirme : un aveugle de naissance seul

Dieu en personne pouvait le guérir.

L’aveugle avec Jésus : humblement, cassé en deux par la vie, appuyé sur son bâton de mendiant il tend les mains vers le Christ qui l’a rejoint. Jésus est venu spontanément à son secours sans qu’il n’ait rien demandé.

L’aveugle est transparent, son vêtement est sans couleur. D’ailleurs son nom nous est resté inconnu. Il est réduit à son infirmité, enfermé dans son obscurité. Il ne connaît, ni les couleurs, ni la beauté d’une fleur, ni le sourire d’un enfant. La vie lui échappe en grande partie. .

Et en plus selon le postulat des croyances juives de l’époque : sa cécité est la conséquence d‘un péché. Il ne peut donc être que dans la culpabilité. C’est la raison pour laquelle il est invisible et se fait le plus petit possible.. Les disciples mènent l’enquête et aimeraient bien connaître le responsable de son malheur. Ils ne s’intéressent même pas à la souffrance de cet homme. Ils attendent simplement une réponse de leur maître. Ils sont eux aussi enfermés dans les certitudes de la loi.

Et la réponse du Christ arrive, comme un couperet. «Ni lui, ni ses parents n’ont péché ». Non il n’est pas coupable. Non, le péché n’est pas héréditaire !! Non, personne n’est responsable de son malheur. L’évangile de l’aveugle né ne parle pas tant du péché que de la lumière apportée par le Christ. Elle éclaire notre vie, nos choix et donne sens à l’existence. « Je suis la lumière du monde » dit-t-il au verset 5. Le thème de la lumière est présent dans tout l’évangile de Jean.

Jésus aurait pu le guérir par sa parole, comme pour le paralytique par exemple. Il choisit un

geste improbable ? Et pourquoi donc de mettre de la boue pour aller se laver ensuite ?

Le Christ reprend en fait le geste de la création d’Adam par Dieu. L'Homme a été créé à partir de la terre et du souffle de Dieu, le souffle de Vie. La boue est faite à partir de la salive même du Christ. Il s’agit bien de la création d’une nouvelle humanité. Cette guérison est symbolique. Il s’agit d’un « signe » donné à chacun de nous. Nous sommes tous des aveugles de naissance appelés à une autre existence.

« Va et Lave toi » Jésus sollicite l’engagement de l’aveugle. Si l’aveugle ne s’était pas déplacé, il n’y aurait sans doute pas eu de miracle. Et il y va manifestant ainsi un acte de foi. Il franchira différentes étapes: « c’est un homme nommé Jésus », « c’est un prophète », c’est un homme de Dieu , puis aboutir à cette confession de foi «je crois Seigneur» La foi est parfois, en effet le résultat d’un long cheminement.

La partie droite de la fresque donne le sens de tout ce passage.

«Va te laver à la piscine de Siloé» lui a demandé Jésus. Cette piscine, la seule source à l’intérieur de la ville était symbole de vie spirituelle. Si l’on ajoute que le nom Siloé signifie « envoyé » on comprend pourquoi Jésus envoie l’aveugle à cet endroit. C’est pour qu’ensuite, il soit lui aussi un envoyé de la bonne nouvelle.

C’est seulement après s’être lavé que l’aveugle voit. Il va pouvoir alors vivre pleinement, découvrir le monde, ses beautés. Sa vie sera transformée. Il devient un autre homme.

Mais sur la fresque, pas de piscine mais un baptistère que remplit une source vive qui coule abondamment et sur lequel s’appuie l’aveugle.

En effet, la lumière véritable, la vie de Dieu, celle qui nous fait vivre pleinement nous est donné par le Baptême. Comme cet homme, nous sommes invités à passer de nos enfermements, de nos obscurités, à la foi.

Accueillir cette lumière nous permet d’éclairer nos vies, de voir les personnes et d’accueillir les évènements avec le regard de Dieu. Elle fait de nous des hommes nouveaux, appelés à vivre à la manière du Christ, « revêtir le Christ»dans tous les aspects de notre vie quotidienne dans l’amour, la justice, le partage, la joie.

Cette lumière nous permet aussi d’identifier plus facilement nos zones d’ombre comme dans un tableau..

L’Eglise, représentée ici par Pierre et Jean, perpétue encore aujourd’hui l’œuvre du Christ en proposant le baptême.

Cette fresque, en ce carême nous incite donc à revisiter notre Baptême à nous plonger dans cette eau vive que Jésus proposa à La Samaritaine, à être des porteurs de lumière

 

Et pour nous :

Que dire en ces temps difficiles de Coronavirus, de confinement?

On peut chercher comme les disciples des responsables à cette situation : La Chine, la mondialisation, l’état de l’hôpital publique, le manque de masque…

On peut se laisser enfermer dans la suspicion, dans la critique. Et on ne pense plus qu’à ça. On récrimine comme les pharisiens….On tourne en rond dans un univers clos et on ne voit rien d’autre.

On peut aussi se trouver être confiné dans un petit espace avec des enfants qu’il faut gérer quand la tension monte…

 

Que nous dit Jésus aujourd’hui dans la situation qui est la nôtre ?

Retire la boue de tes yeux, arrête, ne reste pas dans tes ombres, VA, ma lumière, ma Vie t’accompagnent, ne reste pas enfermé, téléphone, prend un établissement hospitalier que tu connais dans la prière avec l’aide de copains, innove avec tes enfants, ta femme, ton mari ….

Carème 2020 Joële Vermot-Gaud