Jubilé de la miséricorde dans la bulle d’indiction du pape François

 

1. Un jubilé est une année de grâce qui se célèbre à l’occasion d’un anniversaire ou de la mémoire d’un bienfait particulier de Dieu à son peuple.

A cette occasion, chacun est invité à prendre conscience que Dieu continue encore aujourd’hui de donner ses grâces et de répandre sa miséricorde. 

En célébrant le 50ième anniversaire de la conclusion du Concile Vatican II dont la règle a été avant tout la charité (n°4), le pape François invite tous les fidèles de Dieu à célébrer le jubilé de la miséricorde, laquelle miséricorde est le propre même de Dieu qui est amour, miséricorde qui est « source de joie, de sérénité et de paix. » (n°2)

Ce jubilé est aussi un nouvel appel à la conversion en vue d’une rencontre personnelle avec le Seigneur. Tout ce que nous aurons à faire durant ce jubilé devra tenir compte de cette dimension spirituelle importante : notre conversion. Aussi aurons-nous à cœur que le passage de la Porte Sainte est à la fois une décision que nous prenons de nous laisser embrasser par la miséricorde de Dieu, et un engagement de notre part à être miséricordieux avec les autres comme le Père l’est avec nous (n°14).

Enfin, ce jubilé est l’occasion de se réjouir (origine du mot « jubilé » en latin), de goûter la joie d’être enfant de Dieu, d’appartenir à son Eglise et d’être appelé à la sainteté.

Le désir du pape est que l’après jubilé soit imprégné de miséricorde pour « aller à la rencontre de chacun en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu » (n°5). 

 

2.Que signifie le mot « miséricorde » ?

 

Il nous faut reconnaître ici la difficulté de compréhension que pose le mot miséricorde, considéré par beaucoup de nos contemporains comme suranné, vieillot (démodé).

Et pourtant, en hébreu, miséricorde désigne le cœur profond, les entrailles qui frémissent sous le coup de la douleur et de la peine. On dirait ce qu’un père ou une mère ressent en sachant son enfant malade ou disparu.

La miséricorde est ainsi la caractéristique de Dieu lui-même qui est pris aux entrailles pour sa création. C’est le propre même de Dieu, expression de sa toute-puissance, lui qui patiente et prend pitié, toujours présent, comme le dit le pape François, proche, prévenant, saint et miséricordieux. (n°6)

Cet amour de Dieu, le pape l’appelle un amour « viscéral » c’est-à-dire qui vient du fond du cœur comme un sentiment profond, naturel, fait de tendresse et de compassion, d’indulgence et de pardon (idem).

C’est un amour qui n’est pas que d’un instant, mais de tout le temps car Dieu est toujours fidèle et il se laisse toujours touché par notre misère, nous qui sommes son peuple.

Dieu veut notre bien et il veut nous voir heureux, remplis de joie et de paix. C’est pourquoi la miséricorde indique son agir envers nous, sa responsabilité. Ainsi, comme l’affirme le pape, la miséricorde de Dieu manifeste son amour, un amour qui console, pardonne et donne de l’espérance.

 

3. Jésus, Visage du Père

 

Pour François, Jésus est Celui qui nous révèle la miséricorde de Dieu comme celui d’un père qui ne s’avoue jamais vaincu jusqu’à ce qu’il ait absous le péché et vaincu le refus par la miséricorde et la compassion parce qu’il est toujours joyeux quand il pardonne n°9.

En Lui, tout personnifie la miséricorde de Dieu, tout dit la miséricorde de Dieu : sa vie, sa personne, tout ce qu’il a vécu jusqu’à la croix où il a dit : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (n°1s). En Jésus, nous avons donc l’image parfaite de la miséricorde.

 

4. A l’image de Dieu miséricordieux

 

Dans la célébration de ce jubilé, il est bon de nous défaire de toutes les mauvaises images que nous nous sommes faits de Dieu est essayer d’imiter sa miséricorde. Selon les mots même du pape François, « la miséricorde n’est pas seulement l’agir du Père, mais devient le critère pour comprendre qui sont ses véritables enfants » (n°9. cf. Mt 18, 22.33.35). L’invitation nous est alors faite de ne vivre que de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde.

 

Cette miséricorde est le chemin qui unit Dieu à l’homme et nous fait devenir, nous aussi signe efficace de l’agir du Père. (nn.2-3)

Elle nous pousse à aller à la rencontre de chacun en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu. Par elle, tous reconnaitront que nous sommes disciples de Jésus Christ et enfants de Dieu. Le pardon des offenses sera l’expression de l’amour miséricordieux, une exigence à laquelle tout chrétien ne peut se soustraire. Le pape soutient même que « se défaire de la colère, de la rancœur, de la violence et de la vengeance, est la condition nécessaire pour vivre heureux » (n°9 Cf. Mt 5,7 ; Ep 4,26).

Comme leur Père, les chrétiens devront aussi s’aimer et être miséricordieux les uns envers les autres. « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 27).

 

 

Pour être capables de miséricorde, le pape nous invite, au cours de cette Année Sainte :

  • à nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu à travers laquelle nous pouvons contemple la miséricorde de Dieu afin d’en faire notre style de vie ; apprendre à ne pas juger, à ne pas condamner et à pardonner (Lc 6, 37 – 38 cf n° 13s).
  • à ouvrir notre cœur à ceux qui vivent dans les périphéries et à ne pas être indifférents aux misères et aux blessures de ce monde (n°15s).
  • à réfléchir et à pratiquer les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles (n°15).
  • à prier et à célébrer le sacrement de réconciliation (n°17s).

 

L’Eglise a pour devoir d’annoncer cette miséricorde de Dieu et d’en vivre. Toute son action pastorale doit être enveloppée de la tendresse, de l’amour miséricordieux et de la compassion (n°12s). 

Le pèlerinage qui nous est proposé au cours de ce jubilé et que nous aurons à réaliser est le signe de notre volonté de conversion et devra la favoriser, la stimuler. Le changement de vie sera donc notre but ultime à atteindre au cours de ce jubilé de la miséricorde (n°14s).

 

 

Père Amand